Article paru dans le journal "La Provence" le jeudi 2 novembre 2006
Nouveau patron, nouvelle formule : parmi quatre jours denses qui comptaient conférence, exposition de peinture, chanson, théâtre, Tombé du Ciel inaugurait en quelque sorte ce beau lieu avant tout dédié jusqu'alors à la création et à l'écriture.
Création, c'était bien le cas de ce solo qui doit ensuite être joué à Paris. Ecriture aussi : ce beau texte a été écrit à deux mains et à l'épreuve du plateau par le metteur en scène Fabrice Schillaci et le comédien Emmanuel Dabbous.
Monologue, un homme seul donc sur le plateau, mais une foule autour de lui : le comédien - fort connu sur le cable français et à la Télé Suisse Romande - est une bande à lui tout seul. Quant à son complice - Fabrice Schillaci multiplie une visibilité de metteur en scène et d'acteur sur les scènes belges et françaises - il a su très joliment accompagner son interprète dans les délires du personnage : un enfant trouvé sous une tente d'Iindien dans une grande surface, et qui enchaîne apprentissages et aventures avant de trouver sa vraie liberté.
Le message ? "Il faut savoir perdre ses illusions pour enfin réaliser ses rêves".
Reçu cinq sur cinq. Mais surtout, réalistes ou pas, nous quitterons ce personnage attachant sur le tapis volant de la poésie.
Danièle CARRAZ
Article paru dans la Revue du Spectacle
Au premier jour, il y eut la tente d'où sorti Lucien. Emmené par Maria, la vendeuse du rayon jouet, lui (sous son tipi), va se construire une vie, petit à petit, souvent imaginaire, toujours magique. Puis de l'enfance à "l'adulescence", il abandonnera son tipi pour s'initier à un monde plus réel, celui de boulot et du quotidien.
Il retrouvera la toile pour une aventure sous chapiteau après avoir connu le corps à âme, avec un gourou pseudo-brésilien, et le corps à corps, pour un premier émoi sexuel, avec la bourgeoise Tatiana. Mais, au final, dans ce voyage onirique, Lucien perdra ses illusions, en brûlant toutes ses tentes imaginaires, pour finir peut-être par réalliser ses rêves.
Un bel exemple d'univers poétique et humoristique... Où comment deux imaginaires artistiques se rencontrent et jouent la partition d'une écriture et d'une création à quatre mains. D'un côté Emmanuel Dabbous, possédant une présence scénique étonnante et un pouvoir vocal utilisant une large palette de nuances, rendant parfaitemment vraisemblable la multiplicité des personnages interprétés. De l'autre Fabrice Schillaci maîtrisant avec subtilité et rigueur la richesse imaginaire d'Emmanuel et ayant réussi à transformer ce qui n'aurait pu être qu'un travail de laboratoire en une véritable aventure théâtrale atypique réussie, très bien mis en scène, avec un intelligent "clair/obscur" sonore et lumineux.
Au final, on est tellement pris par le monde de Lucien qu'on resterait presque sur sa faim... Ce qui est toujours mieux que l'inverse
Gil Chauveau
Evene.fr
"Il faut savoir perdre ses illusions pour pouvoir réaliser ses rêves". Une phrase qui cache sous sa simplicité apparente un joli message. A l'image de cette "morale" sur laquelle se clôt le spectacle, la pièce de Fabrice Schillaci et d'Emmanuel Dabbous évoque avec huour et poésie le parcours initiatique de Lucien, cet enfant trouvé qui va apprendre à devenir un homme.
Seul sur scène une heure durant Emmanuel Dabbous séduit par sa présence et son jeu émouvant. La mise en scène quant à elle est épurée et sobre avec pour seul décor des tubes suspendus au plafond, que l'acteur utilise pour jouer des situations.
Un léger souffle, un noir et nous voilà emportés avec l'acteur dans un nouveau lieu : chez un gourou improbable ou sous un chapiteau, Emmanuel Dabbous nous fait voyager et déploie une belle énergie sur scène, qui convainc le spectateur. Un spectacle empreint de fantaisie et d'onirisme à découvrir.
Laurence de Bourbon
L'e-gazette du spectacle
Quelques grammes de poésie dans un monde fous !
Partition théâtrale écrite par deux coeurs d'enfants, "Tombé du Ciel" est un seul en scène qui transpire un peu de ces atmosphères "fellinienne" ou "koustouriquienne". Durant plus d'une heure, nous découvrons la vie de Lucien, sorte de héros tragi-comique, pour qui le destin a concocté quelques fameuses expériences initiatiques.
Enfant trouvé sous une tente d'Indien dans un grand magasin, Lucien a grandi sous son tipi féerique voyageant sans relâche au coeur de son imaginaire. Un exercice de style qu'il maîtrise à merveille ! Mais un jour Lucien doitpartir, plier sa tente des rêves et se frotter à la machine infernale de la vie. "Pas drôle la vie".
De désillusions en prises de conscience, ce drôle d'oiseau se fait le ocnteur aux multiples visages du chemin qu'il a parcouru pour arriver jusqu'à nous. Gourou Brésilien, muses envoûtantes, tortue Suisse, coiffeur Russe, directeur de palace, jeune fille en fleur, metteur en scène délirant construisent le tableau surréaliste de ce périple.
Lucien reste cependant le seul maître à bord de son récit et de sa mise en scène. D'un geste, il décide d'un changement de lumière ou d'atmosphère sur scène. Tenant le spectateur en joue d'un oeil malicieux, notre homme charme et brouille les pistes en puisant dans sa capacité à utiliser son imaginaire. Il est également nourri sans relâche par la belle énergie du comédien qui lui donne les moyens d'être à la fois émouvant, captivant et drôle.
Emmanuel Dabbous, le comédien, et Fabrice Schillaci, le metteur en scène, ont su faire émerger un rendez-vous d'émotions, proposerune féflexion poétique autour de l'imaginaire et de la quête de soi. De quoi se demander jusqu'où nos rêves d'enfants influencent-ils nos vies ? Aucune recette ne tombera du ciel, mais ce magnifique texte laisse planer quelques messages... Il paraît qu'il faut savoir perdre ses illusions pour enfin réaliser ses rêves.
Pierre Bretteville