L’histoire…

Lucien a été abandonné à sa naissance sous une tente d’indien au rayon jouet d’un grand magasin. Maria, vendeuse du rayon a ramené l’enfant chez elle et deviendra sa mère adoptive. Le tipi que la jeune femme emporte également, sorte de matrice, de placenta de substitution pour Lucien sera tour à tour son berceau, sa chambre, son refuge.

Vous découvrirez son enfance sous ce tipi dans lequel il s’est inventé la vie d’un grand chef indien aux pouvoirs magiques. Jusqu’au jour où il fut temps de partir trouver un job, insignifiant mais le premier rémunéré. Le « Métro-boulot-dodo » a absorbé Lucien lorsqu’il rencontre l’homme qui va changer le cours de son existence.

Jao-Pietro, gourou brésilien se présentant comme le quart de frère du Christ. Lucien sous le charme et fasciné par « l’aura » de cet homme, le suit dans son ashram exclusivement réservé aux femmes ; riches de préférence ! C’est avec l’une d’elles, Tatiana, que Lucien va vivre son premier émoi sexuel, telle une révélation.

Les aventures les plus extraordinaires les unes que les autres vont conduire Lucien à s’improviser metteur en scène passionné et exubérant, répondant au nom de Miroslav. La mise en scène de « Grandeur et Décadence » est alors lancée…sous chapiteau.

De maladresses en maladresses, il va perdre tout son crédit auprès de la troupe pour finalement se retrouver complètement abandonné …

Lucien brûle alors le chapiteau comme pour en finir une fois pour toute avec les tentes.

 

Le propos…

Lucien est un enfant abandonné mais pas tout à fait comme les autres. Lui, a été trouvé sous une tente d’indien au rayon jouet d’un grand magasin. Cela le prédestine donc à suivre un chemin atypique et singulier.

L’abandon, la recherche de soi, de sa véritable identité. Lucien ne connaît rien de son passé. Il s’invente des origines sous sa tente.

Mais entré dans le monde, dans la société, notre héros fait l’expérience de la vie, « la vraie ». D’expériences en expériences, il va de plus en plus s’éloigner de sa tente protectrice, des illusions propre au monde de l’enfance, pour être confronté aux difficultés et surprises inhérentes au monde des adultes.

Le récit est construit comme un chemin initiatique, où les événements extraordinaires et spectaculaires signifient la perte lente mais inévitable des illusions de l’enfance au profit d’une autre réalité: la capacité d’émerveillement sur le monde dont nous avons tant besoin à l’heure où cynisme et morosité ont tendance régner en maître.

Le personnage a la richesse d’un « poète du quotidien », profondément sensible et fantasque. Son imaginaire est décalé et sa réalité rocambolesque.

« Il faut savoir perdre ses illusions pour pouvoir enfin réaliser ses rêves. »

 

Notes de mise en scène

Le public

Le personnage s’inscrit dans un rapport direct avec le public. Le quatrième mur est aboli. Le public devient au fur et à mesure complice, partenaire et ami de Lucien. Le jeu est tantôt narratif, tantôt interprété, ce qui permet une bonne lisibilité des divers espaces temps, ainsi que des diverses unités de lieux. Il s’articule entre le présent, où s’affirme le point de vue de Lucien sur son histoire et son passé.

Le style

Tombé du Ciel est bien une création collective où l’acteur guidé, initié, révélé par son comparse déploie un jeu à la fois intimiste et expressionniste. Mais surtout des personnages pétillants, hauts en couleurs, fantasques représentés avec talent et beaucoup d’humilité. Ils sont les portraits d’individus qui nous interpellent, qui nous touchent car de près ou de loin nous connaissons tous un Jao-Pietro ou un Miroslav.

De nombreuses séquences sont empreintes de surréalisme avec des accents oniriques. Le personnage est tour à tour naïf, spontané, timide, malicieux et exubérant. Certaines situations relèvent du burlesque.

L’espace scénique

Des tubes de fer rouillé suspendu en l’air.

Les tubes de diamètre différents sont comme aspirés vers le ciel.

Ils suggèrent la structure métallique de la tente de Lucien telle une colonne vertébrale.

Ils sont métaphoriques de ce qu’il reste de l’enfance. De ruines, ils se transforment en mobile suspendu au plafond où le vent de la vie vient s’engouffrer et faire jouer la petite musique de l’enfance. (Notre capacité à nous émerveiller encore.)

Le fer est utilisé comme matière vivante qui a subi l’effet du temps. On peut voir de deux façons la rouille du fer. Si nous regardons la rouille apparue sur le fer comme une altération ou dégradation alors l’objet nous apparaît laid, sale, sans valeur. Par contre, si nous considérons cette rouille comme une nouvelle peau, témoin des évènements, et des expériences passées alors cette rouille devient belle car authentique telle une peau tannée.

Les tubes suspendus créent un contraste intéressant entre matière solide, lourde et légèreté car ils sont suspendus dans l’air. Ils offrent en outre des appuis de jeu à l’acteur pour faire exister des espaces ou personnages différents.

Leur situation permet une déambulation pour l’acteur créant un mouvement scénique dynamique.

L’univers sonore

- Sons

Le vent va et vient comme si chaque aventure ou expérience venait balayer encore un peu plus les illusions de Lucien. Le bruit du vent offre également des respirations au récit.

- Musique

« Moon River » de Frank Sinatra.

La chanson légèrement mélancolique, évocatrice de l’ouest Américain accompagne Lucien à la fin de son périple.

La lumière

Le personnage crée pénombre et lumière à partir d’un geste de la main. C’est bel et bien lui qui nous guide à travers son histoire décidant des atmosphères pour nous livrer son histoire.

  

Extraits…

La tente…

« Bien sûr j’allais à l’école comme tout le monde, j’avais mes copains, mais ça c’était une de mes deux vies. L’autre, la plus intense, la plus excitante, c’était quand je me retrouvais sous la tente. J’y avais installé mon lit et tous les soirs, tous les soirs, je redevenais le grand chef indien aux pouvoirs magiques. Je pensais que je descendais d’une grande lignée qu’on pouvait remonter jusqu’au commencement de l’humanité. J’étais le dernier survivant de mon histoire. »

Le Gourou Brésilien

« Le Christ en personne me regardait intensément et là j'ai senti qu'il allait me dire quelque chose d'important.

- Tu as l'air perdu sur ce parking parmi les hommes, suis-moi, je serai ton guide.

C'est vrai que Jao-Pietro, y ressemblait au Christ, et franchement il avait l'air bon comme du bon pain. Sur ce parking de la grande consommation, je lui aurai donné le bon Dieu sans confession. »

La mystique de l’amour physique…

« Tatiana aux longs cheveux noirs s’offrait enfin au grand chef indien. Nos cris de bonheur résonnaient dans toute la forêt.

La faune comme la flore, stimulées par nos ébats, nous imitait de plus belle.

Mon physique avait rythmé la nature. Tatiana m’avait fait toucher le cosmos. Y’avait plus besoin d’ashram, plus besoin de manifeste, ni de drogue, ni de drapé.

La mystique avait rencontré mon physique. »